François Noël Babeuf, dit Gracchus Babeuf (1760 − 1797)

Dès l’âge de 12 ans, il travaille comme terrassier au canal de Picardie. À 17 ans, il réussit à se faire engager comme apprenti chez un notaire feudiste. En 1781, âgé de 21 ans, il commence à exercer pour son propre compte à Roye comme géomètre et commissaire à terrier.

Le 13 novembre 1782, il épouse à Roye Marie Anne Victoire Langlet (baptisée à Amiens le 13 février 1757, morte après 1840), fille d’un quincaillier d’Amiens et ancienne femme de chambre, avec laquelle il a cinq enfants: Catherine-Adélaïde-Sophie, née en septembre 1783, décédée à Roye le 13 novembre 1787; Robert, dit Émile, né le 29 septembre 1785 à Roye; Catherine-Adélaïde-Sophie, née le 3 septembre 1788 à Roye, morte le 18 messidor an III (6 juillet 1795); Jean-Baptiste-Claude, dit Camille, né le 26 novembre 1790, interné comme fou en 1808, mort le 24 août 1815 en se jetant du quatrième étage de la maison où il logeait et travaillait, chez le bijoutier Lirot; Caïus Gracchus, né le 9 pluviôse an V (28 janvier 1797) à Vendôme, tué par une balle perdue en 1814, lors de l'invasion.

Inspiré par la lecture de Rousseau, et constatant les conditions de vie très dures de l’immense majorité de la population, il développe des théories en faveur de l’égalité et de la collectivisation des terres. En 1788, il commence la rédaction du Cadastre perpétuel, qui est édité en 1789.

En mars 1789, Babeuf participe à la rédaction du cahier de doléances des habitants de Roye. Suite à l’échec de son Cadastre perpétuel et surtout au début de la Révolution française, il devient journaliste. Il est ainsi correspondant du Courrier de l’Europe (édité à Londres) à partir de septembre 1789.

Il se bat contre les impôts indirects, organise pétitions et réunions. En conséquence, il est arrêté le 19 mai 1790 et emprisonné. Il est libéré en juillet, grâce à la pression du révolutionnaire Jean-Paul Marat. À la même époque, il rompt avec le catholicisme (il écrit en 1793 : « Le christianisme et la liberté sont incompatibles »).

Il lance son propre journal en octobre 1790, Le Correspondant picard, journal révolutionnaire fort avancé dans lequel il s’insurge contre le suffrage censitaire mis en place pour les élections de 1791. Le journal est contraint à la disparition quelques mois plus tard, mais Babeuf continue à se mobiliser aux côtés des paysans et des ouvriers picards. Il est contraint de fuir à Paris en février 1793.

À son arrivée dans la capitale, Babeuf prend parti pour les jacobins contre les girondins. Il entre en mai 1793 à la Commission des subsistances de Paris. Il y soutient les revendications des sans-culottes, osant dénoncer un nouveau pacte de famine organisé par Manuel, procureur général de la Commune, ce qui suscita contre lui des haines violentes.

Accusé de faux, il fut emprisonné du 24 brumaire an II au 31 messidor an II et fut acquitté. Dix jours après sa libération, c’est le coup d’État contre Robespierre et les montagnards dont il était le partisan, le 9 thermidor. Babeuf critique l’action des montagnards concernant la Terreur, disant : « Je réprouve ce point particulier de leur système », mais inscrit son action dans leur continuité, tout en voulant passer de l’égalité « proclamée » à l’égalité dans les faits (la « parfaite égalité » pour laquelle il milite).

À partir du 3 septembre 1794, Babeuf publie le Journal de la Liberté de la presse, qui devient le 14 vendémiaire an III, Le Tribun du peuple. Ce journal, où il combat avec la dernière violence la réaction thermidorienne, acquiert une forte audience. Il adhère, à la même période, au Club électoral, club de discussion de sans-culottes. Le 3 novembre, il demande que les femmes soient admises dans les clubs.

Abandonnant le prénom Camille, qu’il avait adopté en 1792, il se fait alors appeler Gracchus, en hommage aux Gracques, initiateurs d’une réforme agraire dans la Rome antique. Babeuf défend la nécessité d’une « insurrection pacifique ».

Accusé par Tallien d'outrage envers la Convention nationale, il est de nouveau arrêté et incarcéré à la prison d’Arras le 19 pluviôse 1795. Nombre de révolutionnaires étant alors sous les verrous, ce fut l’occasion pour Babeuf de se lier avec des démocrates comme Simon Duplay, Augustin Darthé ou Filipo Buonarroti. Il prit une part active à l’insurrection du 1er prairial an III

Rendu à la liberté le 26 vendémiaire an IV par la loi d’amnistie qui termina la session de la Convention nationale, il relance rapidement la publication du Tribun du peuple.

Le gouvernement a une politique de répression de plus en plus forte avec la fermeture du Club du Panthéon, où sont présents nombre d’amis et de partisans de Babeuf, et la tentative d’arrestation de Babeuf en janvier 1796. Étant parvenu à s’enfuir, il entre dans la clandestinité.

Cette impossibilité d’agir légalement aboutit à la création de la « Conjuration des égaux » dirigée par Babeuf, Darthé, Philippe Buonarroti, Sylvain Maréchal, Félix Lepeletier (frère de l’ancien député Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau), Antoine Antonelle. Le réseau des « Égaux » recouvre tous les arrondissements de Paris et de nombreuses villes de province. À sa tête, un « Directoire secret de salut public », dirigé par Babeuf, coordonne la lutte.

Le but est de continuer la révolution, et d’aboutir à la collectivisation des terres et des moyens de production, pour obtenir « la parfaite égalité » et « le bonheur commun ».

Grâce aux informations d’un indicateur, Georges Grisel, la police arrête Babeuf, Buonarroti, Darthé et les principaux meneurs des Égaux le 10 mai 1796 (19 floréal an IV). Une tentative populaire de les libérer échoue le 29 juin (11 messidor). Une deuxième tentative échoue également. Pour éviter que le peuple ne les libère, les Égaux sont transférés à Vendôme.

Une haute cour est constituée, et le procès s’ouvre à Vendôme le 20 février 1797 en présence de deux ministres. Le 16 avril, Lazare Carnot avait fait voter une loi qui punissait de mort l’apologie de la Constitution de 1793 et les appels à la dissolution du Directoire. Babeuf, à qui on reproche l’initiative du complot, et Darthé, qui s’est enfermé lors des débats dans le mutisme le plus total et à qui l’on reproche la rédaction de l’ordre d’exécution des Directeurs, sont condamnés à mort [3]. En entendant sa condamnation à mort, Babeuf se frappa, dans le prétoire même, de plusieurs coups de stylet et fut porté mourant le lendemain à l'échafaud. Darthé, qui avait également tenté de se suicider, est guillotiné avec lui le 8 prairial an V. Buonarroti, Germain et cinq autres accusés sont condamnés à la déportation. Cinquante-six autres accusés, dont Jean-Baptiste-André Amar, sont acquittés. Ses enfants furent adoptés par Lepeletier et Turreau.